Isabelle Adjani : "Une actrice en 2021 ? C'est être la femme de Barbe Bleue"

Isabelle Adjani : "Une actrice en 2021 ? C'est être la femme de Barbe Bleue"©Ammar Abd Rabbo - Isabelle Adjani pose à l'hôtel Villa Clara à Beirut au Liban, le 5 juin 2018., Abaca

, publié le 9 avril

Éloquente, Isabelle Adjani s'est exprimée sans langue de bois sur la situation compliquée du cinéma à l'heure de la pandémie, mais aussi sur son avenir flou, menacé par les plateformes. L'entretien est paru jeudi 8 avril 2021 dans le magazine Madame Figaro.

Quelque temps après la fin du tournage de "Peter von Kant" de François Ozon, où elle donne la réplique à Denis Ménochet, Isabelle Adjani a retrouvé l'équipe du Madame Figaro avec une petite moue : "L'humeur est baudelairienne, entre spleen et idéal, entre infusions de fleurs du mal et bulles de champagne... Des bulles de paradis artificiels, bien sûr, parce que pour le moment, c'est l'enfer pour tous." Volontairement sarcastique tout en restant poétique, l'interprète principale de "La Reine Margot" a glissé quelques mots rudes sur l'état actuel de la culture et du cinéma français : "Une actrice en 2021 ? C'est être la femme de Barbe Bleue et demander à sa soeur Anne si elle ne voit rien venir d'autre que le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie... C'est vivre dans un conte où les fées se font attendre..."

"Les plateformes ne pourront jamais conférer le statut d'oeuvres aux films"

Questionnée sur le futur trouble de l'industrie cinématographique, et notamment des salles, la timide sexagénaire troublée par Robert Hossein s'est montrée inspirée : "De quoi parlons-nous ? De qui nous soucions-nous ? De l'industrie ? Du 7e art ? Du public ? Des salles ? L'avenir du cinéma, c'est avant tout l'avenir des salles du cinéma, parce que c'est seulement sur les écrans, projeté devant un public, qu'un film commence à exister en tant qu'oeuvre d'art, comme source d'émotions multiples partagées dans un espace consacré à cette expérience esthétique, ludique, distrayante, captivante, unique."

Convaincue que les salles obscures ne seront pas étouffées dans l'ombre des services en VOD, Isabelle Adjani a poursuivi : "C'est aussi parce que ce sont les salles de cinéma qui font remonter l'argent dans les caisses des distributeurs, des producteurs, du CNC... Même si on peut imaginer que les plateformes pourront ou peuvent déjà assurer le financement et la rentabilité des films, jamais elles ne sauront leur conférer le statut d'oeuvres cinématographiques qu'ils acquièrent dans les salles."

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