Lettre d'adieu à Bacri : Cédric Klapisch stigmatise le "déchaînement médiatique"

Lettre d'adieu à Bacri : Cédric Klapisch stigmatise le "déchaînement médiatique"©Asa Pictures, Sipa

, publié le 28 janvier

Après le choc de la disparition prématurée de Jean-Pierre Bacri, emporté par un cancer à l'âge de 69 ans lundi 18 janvier 2021, est venue une pluie de commémorations qui n'a pas été du goût de tout le monde. Dans une bouleversante missive postée sur son compte Facebook, lundi 25 janvier, son ami Cédric Klapisch a tenu à rendre un hommage à la hauteur de l'homme disparu et en a profité pour critiquer acerbement le traitement médiatique de son décès.

Toute sa considération et son affection pour son collaborateur et complice sont transmises dans ce long message adressé à titre posthume. Cédric Klapisch parle à Jean-Pierre Bacri, avec qui il a travaillé à de maintes reprises comme sur les tournages de "Un air de famille" (1996) et "Peut-être". Dès l'ouverture de sa lettre numérique, le cinéaste se veut volontairement cinglant : "Cher Jean-Pierre. Je pense que tu n'aurais pas beaucoup aimé ta mort..." Il détaille ensuite sa pensée sans langue de bois : "Voir tout ce déchainement médiatique un peu criard, tous ces journaux que tu n'aimais pas beaucoup titrer sur toi, et mettre en une ta photo.Tu aurais vu tout ce que tu as toujours détesté et toujours critiqué : ceux qui étiquettent et résument les êtres humains à des phrases toutes faites, des rôles établis ou des archétypes sociaux. Tu aurais sans doute levé les yeux au ciel en trouvant toutes ces louanges complètement à côté de la plaque. Tu aurais vu ton lot de 'il était bougon, râleur mais sympathique et populaire'... Tu aurais assisté à une foule sentimentale de petits montages qui compilent rapidement les répliques 'culte' que tu avais écrites avec Agnès."

"Pour moi, tu n'étais pas râleur ou bougon, tu étais un révolté"

Avec ferveur, le réalisateur démontre à quel point les articles en son honneur sont réducteurs de la personne et de l'artiste qu'il était : "Pour moi, tu n'étais pas râleur ou bougon, tu étais un révolté... Ça n'a rien à voir. Ce que les gens appelaient tes 'coups de gueule' était la partie visible d'un mal-être irréductible qui faisait qu'organiquement tu détestais les 'gens connus' et les gens de pouvoir. Le problème c'est que toi-même, tu étais connu et que tu avais la parole... Ça faisait partie de tes contradictions et tu détestais cela de toi aussi..." Cédric Klapisch appuie à nouveau sur les engagements du comédien : "Tu as mis dans tes scénarios, dans tes dialogues et dans tes rôles, tous les affrontements que tu avais envie d'exposer en y apportant à chaque fois beaucoup de nuances. (..) Tu avais profondément ce 'goût des autres'. Tu savais que pour tout débat il n'y a pas que deux couleurs qui s'affrontent face à face. Tu savais bien que l'altérité peut revêtir des teintes troubles et indéfinissables..."

Ces lignes pleines d'une émouvante sincérité se concluent par des remerciements à Jean-Pierre Darroussin pour les avoir faits se rencontrer, à Agnès Jaoui pour avoir aidé Jean-Pierre Bacri à s'épanouir et un dernier de la part de l'expéditeur à l'acteur qui l'a "éveillé et fait grandir".

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