Jodie Foster : "Le cinéma mainstream américain était un bastion masculin"

Jodie Foster : "Le cinéma mainstream américain était un bastion masculin"©Cyril Moreau / Olivier Borde, BestImage

, publié le 11 mars

L'actrice du "Silence des Agneaux" (1992), révélée à 14 ans dans "Taxi Driver" (1976), s'apprête à conter l'histoire d'une oubliée : Alice Guy, la première femme réalisatrice. Jodie Foster s'exprime sur cette artiste invisibilisée et sur la parité dans le 7e Art.

Elle a passé son enfance sur des plateaux et à 57 ans, elle apprécie encore d'y être. Interrogée par Les Inrocks, mardi 10 mars 2020, la talentueuse Jodie Foster donne de la voix en tant que narratrice du documentaire "Be natural, l'histoire cachée d'Alice Guy-Blaché" de Pamela B. Green. Disponible en salles, dès le 18 mars 2020, il raconte l'existence d'une pionnière du cinéma, injustement passée à la trappe. "Il y a, je crois, une part de bigoterie, de sexisme inconscient, qui explique que la première réalisatrice de l'histoire ait été ignorée, ou presque, pendant plus d'un siècle. Ce qui est remarquable est qu'elle a survécu à la plupart des hommes avec qui elle a connu ses aventures cinématographiques. Et donc elle a pu, quand elle était vieille, partir à la recherche de ses films, tenter de réécrire l'Histoire et témoigner de son vivant", explique l'actrice et réalisatrice au sujet de l'assistante de Léon Gaumont. Ce dernier, qui "ne comprenait pas le potentiel du cinéma" selon Jodie Foster, pensait que son ambition était l'unique reflet "d'une occupation de jeune fille".

"Ça fait trente ans que je le crie à tort et à travers..."

Une oeuvre qui tombe à pic, au vu des nombreuses polémiques qui secouent l'industrie ces dernières années : "Je crois qu'il arrive à point nommé, au moment où la parité dans le cinéma est dans toutes les têtes. Personnellement, ça fait trente ans que je le crie à tort et à travers... Donc je suis ravie que ça se passe enfin." Pour la comédienne du film "Les Accusés" (1989), ce souci d'inégalité ne vient pas d'un manque de candidates : "À vrai dire, il y a depuis longtemps des réalisatrices dans le cinéma indépendant américain - ainsi qu'en Europe, et à la télévision -, mais le cinéma mainstream américain était un bastion masculin. Bastion qui est en train de tomber, par bonheur... (...) À Hollywood du moins, ça tient à une psychologie du risque : on voit les femmes comme un risque. Idem pour les minorités raciales."

Celle qui se défend de ne pas avoir été victime de misogynie s'épanche sur sa condition de femme : "J'ai expérimenté des micro-agressions plutôt que des blocages frontaux. Pas que dans l'industrie d'ailleurs : dans la vie en général. (...) Je n'ai pas toujours su remettre les gens à leur place, ou simplement faire de la pédagogie, leur expliquer en quoi leur attitude était problématique. J'étais trop jeune. Mais c'est nécessaire en fait, c'est comme ça que les choses avancent."

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