Whitewashing : quand Hollywood blanchit ses castings

Whitewashing : quand Hollywood blanchit ses castings©DR, DR
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Hawoly Ba, publié le 13 décembre

Cette année 2015 a vu le monde du cinéma entrer dans une nouvelle phase beaucoup plus soumise à la critique, qu'elle soit intérieure ou extérieure. Les failles du système hollywoodien ne pourront dès lors plus restées très longtemps dissimulées derrière le faste et les effets spéciaux. Parmi ces nombreux reproches, celui du manque de diversité est peut-être celui sur lequel il reste encore beaucoup de travail à accomplir. Pour preuve, la montée des accusations de whitewashing, qui sont pourtant loin d'être idées neuves. Faisons le point sur une pratique de plus en plus mise au jour.

Une pratique vieille comme la bobine

Le whitewashing, ou le fait de choisir des acteurs blancs pour interpréter des personnages de couleur, n'est absolument pas nouveau contrairement à ce que l'on pourrait penser. En effet, si le film Visages d'Orient de Sidney Franklin datant de 1937 était sorti aujourd'hui, il n'aurait certainement pas fait long feu. Et pour cause, l'intrigue du long-métrage se déroulait dans un village chinois, mais l'ensemble du casting n'avait rien de très local. Les acteurs avaient été grossièrement maquillés et presque déguisés en Chinois, valant aujourd'hui au film le sobriquet de "plus raciste jamais produit". Bien sûr, derrière, il y a la grosse major de l'époque, MGM, et un contexte qui n'excuse certes pas le procédé, mais qui explique du coup d'où vient cette pratique qui, près de quatre-vingt ans plus tard, continue de sévir.

2015 : année du whitewashing ?

Et si aujourd'hui, les acteurs de couleur sont fort heureusement considérés comme des talents à part entière, il y a encore un long chemin à parcourir. En témoignent les dernières accusations de whitewashing qui se sont décidément succédées en 2015. Ridley Scott a d'ailleurs été le premier de la série à en faire les frais. Son peplum Exodus: Gods & Kings, qui se déroule dans l'Égypte de Moïse et du pharaon a, avant même sa sortie, fait les frais d'une incroyable levée de boucliers sur les réseaux sociaux. En cause : un casting bien sûr quasi-exclusivement blanc, composé notamment de Christian Bale, Joel Edgerton et Sigourney Weaver. En somme, des acteurs bankable, occidentaux, mais qui ne ressemblent ni de près ni de loin à la civilisation d'Afrique du Nord-Est typique de l'Égypte ancienne. Et comme si ce n'était pas suffisant, le réalisateur en a rajouté une couche en déclarant dans la presse pour justifier sa distribution : "Je ne peux pas faire un film avec un tel budget [...] et dire que l'acteur campant le rôle principal est un Mohammed qui vient de tel ou tel endroit. Il ne sera pas financé." Une défense plus embarrassante que convaicante, qui n'a fait que renforcer le sentiment de son public.

Quelques mois après cette polémique, c'est Cameron Crowe qui a fait les frais de son manque de diversité. Son film Welcome Back met en effet en scène Emma Stone dans la peau d'une métisse américano-sino-hawaïenne, soit un combo qui ne va pas tout à fait de soi. De son côté, le réalisateur a fait le choix des excuses, tout comme Stone, qui a confié après coup avoir appris de cette erreur. Et on n'est toujours pas au bout de nos peines puisqu'en octobre dernier, ce fut au tour de Pan de se retrouver dans l'oeil du cyclone. Cette libre adaptation de l'histoire de Peter Pan par Joe Wright a encore une fois suscité pas mal de commentaires, notamment concernant le personnage de Lili la tigresse incarné par Rooney Mara. Cette fois-ci, pas d'excuse de la part du cinéaste mais l'actrice en question a quand même justifié pourquoi elle avait accepté de se glisser dans la peau d'une Indienne pour les besoins du film : "Joe Wright m'a montré des images de cultures du monde entier et m'a expliqué sa vision du village. [...] Et cela a fait sens pour moi." Ce qui n'a pas empêché une pétition de voir le jour sur la Toile et de récolter plus de 100.000 signatures au passage.

Enfin, pour conclure cette saga du whitewashing 2015, c'est le film Gods of Egypt d'Alex Proyas qui a déclenché l'ire du public. Le réalisateur de The Crow reproduit la même erreur que Ridley Scott en pratiquement tout point, avec un péplum égyptien confié à un casting composé presque exclusivement d'occidentaux. Si Chadwick Boseman a récemment confié qu'il était ravi que des avis s'élèvent contre la pratique, Alex Proyas et le studio Lionsgate ont eux aussi décidé de publier des excuses pour calmer le jeu.

Une relation de cause à effet ?

L'autre problème de tous ces multiples cas qui, rappelons-le, ne sont pas isolés, c'est l'impact de la controverse sur les performances du film. Exodus n'a pas rencontré le succès escompté avec moins de 270 millions de dollars récoltés. Welcome Back a été un véritable flop aux États-Unis et sa sortie française a même été annulée. Tandis que Pan est l'un des plus gros échecs de l'année, coûtant même 150 millions à la Warner. Il est évidemment impossible d'établir formellement une relation de cause à effet avec le whitewashing, mais les nombreux appels au boycott des associations, de cinéphiles ou d'autres spectateurs lambda, doivent quand même faire leur petit effet. Peut-être est-ce le signe qu'il est temps qu'Hollywood retienne la leçon ?

 
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