Michael R. Roskam : "Tom Hardy me fait penser à Gary Cooper, c'est pour ça que je le voulais"

Michael R. Roskam : "Tom Hardy me fait penser à Gary Cooper, c'est pour ça que je le voulais"

Michael R. Roskam

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publié le 11 novembre

À l'occasion de la sortie en salles de Quand vient la nuit, polar sombre porté par Tom Hardy, Noomi Rapace, Matthias Schoenerts et James Gandolfini - dont c'est le dernier film - nous avons eu le privilège de rencontrer Michael R. Roskam, qui signe ici son deuxième long-métrage. Nommé à l'Oscar du meilleur film étranger en 2012 pour Bullhead, il réalise ici son premier film en anglais en portant à l'écran le scénario de Dennis Lehane, éminent auteur à qui l'on doit notamment Mystic River, Gone Baby Gone, ou Shutter Island. Michael R. Roskam revient pour nous sur la mise en oeuvre du projet en évoquant au passage, quelques souvenirs de tournage.

Qu'est ce qui vous a séduit dans le scénario de Dennis Lehane ?C'est l'histoire d'un personnage statique qui cache quelque chose, qui a décidé de vivre dans une sorte d'hibernation et qui veut à tout prix rester comme ça. Et tout à coup, les choses changent. C'est quelqu'un qui doit recommencer à vivre avec lui-même mais qui est condamné par son passé. J'ai beaucoup aimé celà.

Étant vous-même scénariste, avez-vous eu l'occasion d'ajouter certaines choses au scénario ? Oui. Dennis m'a dit : "C'est mon histoire mais c'est ton film, tu as mon numéro, appelle-moi quand tu as besoin de moi". Ça s'est fait comme ça et on a très bien collaboré ensemble. Il était très généreux et on a beaucoup travaillé sur le scénario afin d'adapter ce dont j'avais besoin pour créer le film.

N'avez-vous pas eu peur, en signant avec un studio hollywoodien, de perdre votre liberté artistique ?

Non parce qu'il faut se préparer, il faut savoir avec qui tu travailles. Pour moi, la liberté est une valeur un peu surestimée. La liberté totale, c'est la mort, c'est l'absence de tout. Ce n'est pas dans la liberté qu'on va crier des choses mais quand on a des résistances. C'est le désir de liberté qui crée de bonnes choses, mais pas la liberté elle-même, parce que la liberté elle-même n'est pas inspirante (rires). Non, mais en pratique, dans ce cas là, il y a des producteurs qui peuvent être un vrai cauchemar pour un réalisateur, donc il faut bien faire attention. Moi j'ai eu de la chance, je me sentais très libre, mais parfois, comme je disais, il y a des disputes, des discussions, des conflits, c'est tout à fait normal. Et peut-être qu'il y a des choix que j'aurais fait différemment si j'avais été dans un contexte plus européen ou plus isolé en tant qu'artiste. Mais on ne peut pas savoir.

Comment nous décririez-vous le personnage de Bob, incarné par Tom Hardy ?Pour moi, Bob c'est un homme qui est désespéré parce qu'il cherche à retrouver l'innocence qu'il a perdue. Il veut être innocent mais il ne le peut plus, il le sait. Il est condamné et il a perdu son âme. Et à un certain moment, il va retrouver son âme dans une poubelle. C'est là qu'il va renaître.

Tom Hardy dans ce rôle, c'était une évidence pour vous ?Oui. Je l'ai vu dans plein de films et j'ai adoré son travail, son énergie. Et j'avais vu une photo de lui où il avait un tel charme... Il a quelque chose qui me fait penser à Gary Cooper, et c'est pour ça que je le voulais. Je savais que c'était un bon comédien, mais il avait un truc en plus. Il pouvait nous montrer un côté plus doux, ce qui était pour moi nécessaire pour avoir un personnage auquel on pouvait s'identifier, un côté "si il ne montre pas ses dents, on veut le carresser", comme un chien.

C'est le dernier rôle de James Gandolfini. On a l'impression que le personnage de Marv a été taillé sur mesure pour lui. A-t-il, d'une manière ou d'une autre, participé à l'écriture de son personnage ?Oui. Il a contribué à préparer le personnage. C'est quelque chose que je fais avec tout le monde et qu'il adorait, le "character building", c'est à dire construire le personnage en déterminant sa biographie, son passé. On parle de tout ce qui n'est pas dans le scénario, tout ce qui n'est pas décrit, pour créer un être vivant, réaliste. On a besoin de ça. Les dialogues étaient tellement bien écrits qu'il ne fallait pas trop d'impro, surtout pour le personnage de Marv. Au départ, le personnage avait moins de lignes, mais dès le moment où Dennis Lehane a su que le cousin Marv serait joué par James Gandolfini, il a réécrit tous les dialogues. On a fait une déconstruction totale du scénario à la base de son personnage pour savoir si tout était correct, s'il y avait une logique, etc... Et James Gandolfini est un professionnel, c'était super de travailler avec lui.

En quoi le chien est-il lui aussi un personnage central du film ?Le chien représente l'innocence que Bob a perdue, mais aussi l'âme qui lui manque. C'est aussi une âme blessée, c'est l'âme d'Eric Deeds [le personnage joué par Matthias Schoenaerts, ndlr], qui n'est pas capable de vivre avec lui-même, qui est un destructif, qui veut se casser lui-même, et qui casse le chien. Quand Eric Deeds dit à Bob : "C'est mon chien", en fait il dit : "C'est mon âme, elle est à moi".

Dans la nouvelle d'origine, le chien s'appelait Cassius alors que dans le film, c'est Rocco. Pourquoi ce changement de nom ?C'est moi qui l'ai changé parce que je savais que Rocco [Saint Roch] était le saint patron des chiens, et aussi des célibataires (rires).

Propos recueillis par Pauline Julien 
Crédit photo : Abaca

 
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