Interview - Jaco Van Dormael : "Je n'aurais aucun plaisir à choquer" (Exclu)

Interview - Jaco Van Dormael : "Je n'aurais aucun plaisir à choquer" (Exclu)©Le Pacte, DR
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Hawoly Ba, publié le 3 septembre

À l'occasion de la sortie du Tout Nouveau Testament, comédie fantastique portée par le talentueux Benoît Poelvoorde, nous avons eu la chance de rencontrer le réalisateur Jaco Van Dormael. Quatre ans après l'intrigant Mr. Nobody, celui qui a présenté son dernier conte à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2015 a accepté de répondre à quelques questions.

Comment l'idée de faire un film comme Le Tout Nouveau testament vous est-elle venue ?C'est un film co-écrit avec Thomas Gunzig. On était parti du pitch "Dieu existe, il habite à Bruxelles". Ça résonnait avec une phrase de Woody Allen qui disait "Si Dieu existe, il a intérêt à avoir une bonne excuse". Une des choses aussi qui nous frappait, c'était la place des femmes dans les écritures. Donc on s'est dit "Et si Dieu avait une femme et une fille de onze ans, rebelle, qui ne va pas se laisser faire par son père et qui n'a pas sa langue dans sa poche ?" On a beaucoup parlé de son fils mais très peu de sa fille.

Quand vous avez fini d'écrire le scénario du film, vous ne vous êtes pas dit que cela pourrait peut-être froisser les croyants ?Je n'y ai pas pensé, je n'aurais aucun plaisir à choquer, mais je n'ai pas non plus essayé de ne pas choquer. J'ai plutôt essayé de faire un conte surréaliste, qui parle d'histoires d'amour, en me disant "Et s'il n'y avait pas de paradis après mais que le paradis c'est maintenant et qu'il faudrait vivre sa vie tout de suite ?" Je pense que si le Pape voit le film, il va beaucoup rire parce qu'il n'est pas bête.

Justement, comme dans Mr Nobody, on se retrouve à nouveau face aux "et si". Pourquoi choisir d'offrir une telle place au doute ?Faire des films c'est avec des "et si". Chaque film cherche à élargir le champ des possibles et à faire une hypothèse sur ce que peut être la vie. Ce sont des expériences de vie par procuration, c'est ça qui est beau dans le cinéma. Le "et si" est la base de toutes les histoires. Ici c'est "Et si Dieu existait ?". Moi qui ne suis pas croyant, je vous dis que Dieu n'existe pas, mais je peux construire un univers dans lequel il existe. Le plus intéressant c'est le tout petit miracle que fait la fille de Dieu : les histoires d'amours improbables, les choses qui ne font pas partie du scénario de la vie.

Comme on l'a vu dans vos précédents films, votre rapport à l'enfance est très fort, est-ce parce que selon vous le regard de l'enfant est plus libre que celui d'un adulte?Le point de vue des enfants peut sembler plus naïf avec des interprétations plus surréalistes ou drôles. Souvent les adultes regardent les enfants avec un petit sourire amusé en se disant qu'ils n'ont pas compris comment fonctionne le monde. Mais peut-être que les adultes n'ont rien compris non plus. Ce que j'aime beaucoup chez les personnages d'enfants, ce sont les premières fois, c'est le fait qu'ils ne sont pas encore matés, rentrés dans le rang, qu'ils n'ont pas encore renoncé à leurs rêves, qu'ils ont une naïveté, une intensité. Dans mes souvenirs d'enfants, j'avais l'impression que tout était plus coloré et que les odeurs étaient plus fortes.

Comment avez-vous réussi à réunir autant de grandes figures du cinéma français et belge ?J'ai beaucoup d'amis comédiens avec qui je n'avais jamais travaillé. Je connais Benoît Poelvoorde depuis plus de 20 ans, Yolande (Moreau) depuis plus de 30 ans, et Catherine Deneuve est une actrice pour laquelle j'ai énormément d'admiration. J'ai eu de la chance qu'elle dise oui tout de suite. Au moment des marches contre le mariage pour tous à Paris, je l'avais vu passer à la télévision et elle disait que cela ne regardait personne, qu'il n'y avait pas une bonne manière d'aimer. J'ai trouvé que cette icône du cinéma français, cette grande dame et formidable comédienne n'avait pas sa langue dans sa poche. Je me suis dit qu'elle serait formidable en Martine, amoureuse d'un gorille qui a beaucoup plus de tendresse que son mari. C'est quelqu'un qui a énormément d'humour et qui n'a peur de rien.

Quels sont vos projets après le Tout Nouveau Testament ?Je répète actuellement un autre spectacle avec mes amis avec qui on a fait Kiss & Cry qui est un film éphémère, construit sur scène et où rien n'est enregistré à l'avance. Un long-métrage d'1h20 fait en direct devant un public.

Dans quels genres de films puisez-vous votre inspiration ? Pourriez-vous par exemple nous citer votre film préféré ?Les cinéastes que j'admire le plus sont ceux qui font ce que je ne sais pas faire. Un de mes préférés est Tarkovski. J'avais été voir Le Miroir douze fois d'affilée quand j'avais 21 ans et j'étais fasciné par la beauté. C'était une expérience vraiment inoubliable. Juste après je vois Stalker, un autre film de Tarkovski. Au bout d'un quart d'heure, je suis fasciné et je me dis que j'avais déjà vu ce film. Je me rappelle alors que deux ans avant, j'étais sorti de la salle en me disant que je ne comprenais rien, que c'était un film sans intérêt. Deux ans après, je découvre que c'est l'un des plus beaux films que je n'ai jamais vu. Et il n'avait pas changé, c'était moi qui avait changé.

Vous qui avez gagné de nombreuses récompenses comme un César et des prix à Cannes, avez-vous conscience d'être attendu au tournant à chaque nouveau film ? Est-ce que cela influe sur votre manière de travailler ?C'est comme des médailles, ça ne change rien. Quand je me lève le matin pour faire des films, c'est parce que je cherche le beau et je ne sais pas ce que c'est. Même avec la technique, même en sachant comment fonctionne le cinéma, un moment donné c'est beau et on ne sait pas pourquoi. C'est comme tomber amoureux, on ne sait pas pourquoi.

 
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